Cloro’fil concept vend ses kits anti-suicide aux prisons françaises

Depuis 2007, Cloro’fil concept, située dans la zone d’activité La Plagne, est spécialisée dans le textile hospitalier et vend notamment une gamme de produits pour la prévention du suicide dans les milieux à hauts risques.

Son secteur d’activité n’est, à première vue, pas très emballant, il faut le reconnaître. Mais cela n’empêche pas Caroline L’Huillier, la gérante de Cloro’fil concept, d’évoquer son métier avec le sourire. Après avoir travaillé plusieurs années pour une société spécialisée dans le textile hospitalier, en région parisienne, elle a fini par se lancer à son compte, au milieu des années 2000. Et la dirigeante a choisi Bully pour s’implanter. « Jetravaillais déjà sur le secteur de la région lyonnaise et sur l’Est en général, car j’avais rejoint mon conjoint, originaire d’ici », précise Caroline L’Huillier.

 

Un essai grandeur nature concluant

Forte d’un réseau de fournisseurs et de clients fidèles et fiables, elle poursuit dans le même secteur d’activité lorsqu’elle crée Cloro’fil concept. À un détail près. En 2007, Caroline L’Huillier entend parler de la série de suicides dans les prisons françaises. Et se lance, dans la foulée, dans la fabrication de « produits textiles pour la prévention du suicide des milieux à hauts risques ».
« J’ai d’abord équipé un hôpital psychiatrique. Puis j’ai vu passer un appel d’offres du ministère de la Justice pour équiper la prison de Fleury-Mérogis en couvertures non feu », se souvient-elle. Si elle n’obtient pas le marché, la dirigeante établit un premier contact avec l’administration pénitentiaire. Contact qui se révèle fructueux puisque, quelques mois plus tard, on l’appelle pour un essai grandeur
nature dans les vingt plus grosses prisons de France. « Il était question de trois, quatre couvertures par établissement, dans le cadre de ce test », avance Caroline L’Huillier.

Depuis, Cloro’fil concept, en dépit d’être « une des plus petites entreprises du marché », fournit toutes les prisons gérées par l’État. « On a amélioré le produit depuis. Notre couverture est impossible à déchirer à la main, impossible à enflammer, on a rajouté du kevlar (1)… C’est un produit très abouti », se félicite-t-elle.

En parallèle, celle qui va bientôt avoir 39 ans, a élargi sa gamme, notamment à destination des hôpitaux psychiatriques. « On fait des draps-housse, des matelas, des tuniques… ». Avec toujours
le même leitmotiv : la sécurité prime sur le confort et l’aspect. « Par exemple, la couleur taupe est la seule qu’on ait pu obtenir en gardant le même niveau de qualité. Ce n’est pas très glamour. Mais si on fait plus moelleux, on perd en résistance », assure Caroline L’Huillier. Cette dernière regrette néanmoins que les hôpitaux « ne savent pas toujours que ce type de produits existe, alors qu’il y a peut-être, sûrement même, des besoins ». Dans le cadre d’achats hors marchés, Cloro’fil concept a ainsi vendu ses produits aux centres hospitaliers de Niort, Tours, Saint -Etienne ou encore au Centre psychologique de l’Ain (CPA), à Bourg- en-Bresse.

1M. d’euros. Même si Cloro’fil concept fait partie des plus petites entreprises du marché, la société de Caroline L’Huillier dégage environ un million d’euros de chiffre d’affaires avec ses différentes gammes de produits.
Impossible de breveter son oreiller antibactérien

Et la chef d’entreprise compte bien agrandir cette liste avec l’aide de son dernier produit innovant : un oreiller antibactérien. « On va le faire découvrir dans toutes les cliniques, je pense qu’il y a un réel besoin », estime Caroline L’Huillier.
Elle déplore néanmoins de ne pouvoir breveter son produit… « C ’ est comme le crayon gomme. Avant sa création, le crayon existait, la gomme aussi », lui a-t-on répondu à l’Institut national de la propriété industrielle (Inpi) qui protège les innovations.
Dans son cas, l’oreiller existait, l’antibactérien aussi, donc l’association des deux ne représente pas une innovation à proprement parler.
Brevet ou pas, Caroline L’Huillier tient à garder la même ligne directrice, quel que soit le produit. « Ce qui fait la différence, je pense, c’es t que nos produits se démarquent. On essaye d’apporter une valeur ajoutée ». Comme avec ce concept de drap-housse en jersey, qui ne fait pas de plis et n’a pas besoin d’être repassé, trouvé au Canada, et pour lequel Cloro’fil concept a adapté les tailles et les modèles pour l’importer sur le marché français.

Produire « français et européen » et acheter « prudent »

Installée en région lyonnaise depuis 2006, Caroline L’Huillier tente, au maximum, de faire fabriquer ses produits en France ou plus largement en Europe. Si elle se fournit en textile en Espagne ou en Italie par exemple, elle ne nie pas non plus importer certaines matières de Chine, du Pakistan ou du Canada.

« Je pourrais payer moins cher en me fournissant exclusivement en Chine ou en Tunisie, mais je tiens à fabriquer français, européen », martèle la chef d’entreprise. D’ailleurs, pour la confection de couvertures couvre-lits destinées aux maisons de retraite ou hôpitaux, elle travaille avec un atelier du département de la Marne qui emploie, à temps plein, cinq personnes en situation de handicap. Un type de partenariat qu’elle souhaite multiplier. « L’idée, c’est de chercher des partenaires en couture et de mettre en place plusieurs ateliers à différents endroits en France ». Elle espère ainsi « régionaliser » sa production.

Plus que sur la réduction des coûts, Caroline L’Huillier insiste sur la « satisfaction client ». « Je préfère m’appuyer sur les partenariats solides que j’ai avec mes usines depuis des années plutôt que de changer pour quelqu’un qui me propose moins cher, mais que je ne connais pas ». Ce qui l’oblige néanmoins à rester « très, très prudente » dans ses achats – « quand j’importe, je ne peux pas faire n’importe quoi » – quitte à « faire moins de marge ».

Perspectives

Pénétrer de nouveaux marchés

Ces derniers temps, l’entreprise s’est rapprochée de plusieurs réseaux de distributeurs afin de créer des partenariats et pénétrer de nouveaux marchés. Elle a notamment pris contact avec un réseau de crèches de la région parisienne pour les fournir en turbulettes,draps, housses de couette… Une diversification qui s’explique par une volonté de« grandir, se développer ».« Si je veux avancer, je suis obligée de trouver d’autres circuits. »

Agrandir l’équipe
La chef d’entreprise projette aussi, dans un futur proche,de créer le site internet de la société qui ne compte que…trois salariés. « Le rythme est très intense mais j’ai une équipe de personnes très motivées. On est sans arrêt entrain de développer de nouvelles choses mais il nous manque encore le côté commercial. J’aimerais qu’on soit plus nombreux », avoue Caroline L’Huillier, qui devrait toutefois accueillir un renfort en septembre, avec l’arrivée d’une personne en contrat de professionnalisation et probablement d’un magasinier à mi-temps.

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Le kevlar est une fibre synthétique ultra-résistante, qu’on retrouve dans les gilets pare-balles, les pneumatiques ou les voiles ou coques de bateaux.

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